Electric kiln in a potter's studio in St-Henri neighborhood in Montreal.

Quelles sont les différentes techniques de cuisson en céramique ?

Résumé

Pour transformer l’argile en céramique durable, les céramistes utilisent des fours capables d’atteindre des températures élevées. Selon la source de chaleur, ces fours fonctionnent à l’électricité ou par combustion, au bois ou au gaz, chaque méthode influençant l’apparence finale des pièces. Le choix du mode de cuisson est à la fois technique et artistique. La plupart des céramistes cuisent d’ailleurs leurs pièces au moins deux fois au cours du processus de création.

Depuis des millénaires, on cuit des objets en argile dans des fosses à feu pour en faire de la céramique. C’est une technique encore utilisée aujourd’hui. Toutefois, afin d’obtenir des résultats précis et reproductibles, les céramistes ont recours à des fours spécialisés qui offrent un meilleur contrôle de la température et des niveaux d’oxygène. Le type de four, la température et la durée de cuisson offrent au céramiste une grande liberté artistique.

La plupart des potiers cuisent leurs pièces deux fois. La première cuisson se fait à basse température. Elle rend les pièces suffisamment solides pour recevoir une glaçure, un revêtement à base de minéraux qui apporte couleur et texture. La seconde cuisson a lieu à très haute température, pouvant atteindre 1 400 °C. Elle permet de faire fondre les minéraux de la glaçure et de révéler la pièce dans sa forme finale.

Il existe deux grandes catégories de fours, selon la source de chaleur utilisée : l’électricité ou la combustion.

Fours électriques

Les fours électriques produisent de la chaleur lorsqu’un courant traverse des résistances électriques intégrées à des briques réfractaires (blocs de céramique résistants à la chaleur). Ils conviennent aux cuissons de basse à moyenne température, allant jusqu’à 1 220 °C, et sont adaptés à la faïence, au grès et à certains types de porcelaine.

Dans le milieu, on parle de cuisson en atmosphère oxydante. Ce phénomène se produit lorsque l’oxygène présent dans le four, combiné à la chaleur, réagit avec les composants métalliques des glaçures. Les glaçures prennent alors leur forme oxydée et changent de couleur, un peu comme le fer qui rouille au contact de l’air, donnant lieu à une palette vive. Par exemple, selon leur quantité et les autres ingrédients présents dans la glaçure, l’oxyde cuivre peut produire des verts et l’oxyde de fer des tons brunâtres.

Fours à combustion

La combustion est un processus chimique par lequel un combustible réagit rapidement avec l’oxygène et génère de la chaleur. En céramique, on utilise principalement le bois ou le gaz comme combustible. Ces fours nécessitent des cheminées et produisent des gaz de combustion, ce qui les rend plus rares en milieu urbain dense. Ils sont toutefois très appréciés des céramistes pour les effets de surface uniques qu’ils permettent d’obtenir.

Fours à gaz

Les fours à gaz permettent de contrôler les niveaux d’oxygène et d’atteindre des températures allant jusqu’à 1 400 °C, suffisantes pour vitrifier la porcelaine de haute température. Ils rendent possibles des techniques comme la réduction, un procédé qui consiste à limiter l’oxygène afin de modifier la couleur et la texture des glaçures, ainsi que des méthodes spécialisées comme la cuisson au sel. Bien que techniquement possibles en four électrique, ces pratiques y sont rarement utilisées, car elles accélèrent l’usure des éléments chauffants.

La cuisson en réduction débute lorsque le céramiste restreint l’apport d’oxygène, provoquant une combustion incomplète. Une fois l’oxygène disponible consommé, le monoxyde de carbone formé capte les atomes d’oxygène présents dans les composés métalliques des glaçures. Cette réaction chimique transforme les couleurs. Le cuivre peut ainsi devenir rouge vif, tandis que le fer peut produire des verts rappelant le jade, comme dans les célèbres céladons développés dans la Chine ancienne. La maîtrise d’un four à gaz exige une grande expertise : il faut gérer les brûleurs, surveiller l’atmosphère et composer avec les risques liés aux gaz de combustion.

Fours à bois

La cuisson au bois est utilisée depuis les débuts de la céramique. Les potiers de la Grèce antique, du Moyen-Orient et de l’Asie de l’Est étaient de véritables maîtres du feu. En Asie de l’Est, certains fours permettaient d’atteindre les températures nécessaires pour cuire le grès et vitrifier la porcelaine, autour de 1 300 °C.

Cette méthode est physiquement exigeante : le four doit être alimenté en continu pendant de longues heures, voire plusieurs jours, afin de maintenir la température. Les grands fours à bois peuvent mettre plusieurs semaines à refroidir.

Les cendres issues de la combustion se déposent sur les pièces et interagissent avec leur surface. Elles fondent et créent leurs propres glaçures, tandis que les flammes laissent des marques et des variations uniques, donnant aux pièces un caractère singulier. Comme pour la cuisson au gaz, il est possible de créer une atmosphère de réduction.

Comprendre les méthodes de cuisson permet de mieux apprécier la profondeur du savoir-faire et le travail qui se cachent derrière chaque pièce en céramique. Chez Houmain, nous accordons une grande importance à l’histoire derrière la surface et aux choix artistiques qui façonnent chaque création.

Rahel Haile