Agréable à l’œil comme au toucher, la poterie est porteuse d’histoire et de sensibilité humaine. Mais derrière cette apparente simplicité se cache une réalité plus exigeante : créer des pièces artisanales de manière professionnelle requiert plusieurs années d’expérience, un sens de l’esthétique, une grande maîtrise technique et beaucoup de patience.
Cet article vise à expliquer les principales étapes de création d’une pièce en céramique. La plupart des artistes ajoutent toutefois des étapes supplémentaires pour développer leur propre marque.
I. Conception et design
Cette première étape porte sur la conception et le design de la pièce que nous allons créer. Avant d’entamer un projet, on se pose des questions telles que : À quoi servira ce bol ? Comment la main se posera-t-elle sur cette anse ? Les assiettes auront-elles un pied ? S’empileront-elles bien ? Après avoir réalisé quelques esquisses et testé des prototypes, nous pouvons entamer une petite production.
II. Pétrissage
Les bulles d’air dans l’argile peuvent causer des problèmes structurels, tels que des fissures ou même des explosions à la cuisson. Nous devons donc pétrir l’argile pour les éliminer et uniformiser sa consistance.
III. Production
Il existe trois méthodes artisanales, choisies selon les objectifs de production des céramistes :
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Façonnage manuel
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Tournage au tour
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Fabrication de moules
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Le façonnage manuel est la plus ancienne méthode pour faire de la poterie. Cette technique polyvalente permet de créer une infinité de formes. Elle consiste à façonner des pièces à la main grâce à des techniques comme le modelage (former l’argile par pression manuelle), le colombinage (empiler et assembler des boudins d’argile) ou encore le façonnage de plaques d’argile que l’on assemble ensuite. |
Le tournage consiste à façonner une boule d’argile en la plaçant au centre d’une girelle, une plaque de métal circulaire qui tourne de façon continue. La force centrifuge du tour, combinée à la pression des mains et à l’eau, permet de créer des pièces cylindriques parfaitement symétriques. À cette étape, on porte une attention particulière à la forme intérieure, car l’extérieur sera tournassé ultérieurement, comme nous le verrons plus loin. |
L’artiste créé un moule, typiquement en plâtre, à partir d’un modèle en argile qu’il ou elle souhaite reproduire. Cette méthode permet de produire de petites séries de formes identiques. Le moulage peut se faire soit en coulant de l’argile liquide dans des moules, soit en pressant de l’argile plastique sur une structure rigide. |
IV. Finitions et ajouts
C’est à cette étape que la pièce prend sa forme finale. Une fois qu’elle a séché jusqu’à un stade ferme mais encore suffisamment souple pour être décorée ou sculptée — appelé consistance de cuir — les céramistes replacent les pièces tournées sur le tour afin de retirer l’excédent d’argile à l’aide d’outils tranchants. Cette opération s’appelle le tournassage. C’est également à ce moment que l’on façonne et fixe soigneusement les anses, les becs et autres éléments, comme sur les tasses ou les théières.
V. Séchage et première cuisson (biscuit)
Les pièces doivent être parfaitement sèches avant d’être placées dans un four à très haute température utilisé pour la céramique et le verre. On remplit ensuite le four comme un jeu de Tetris tout en assurant une bonne circulation d’air.
Cette première cuisson, appelée cuisson biscuit, dure entre 8 et 12 heures. Elle vise à durcir l’argile suffisamment pour pouvoir être manipulée, tout en la laissant assez poreuse pour absorber la glaçure. La plupart des argiles cuisent entre 999 °C et 1 060 °C (1 830 °F à 1 940 °F).
VI. Glaçures
Après avoir laissé le four refroidir pendant au moins une journée afin d'éviter un choc thermique, les pièces sont déchargées pour être émaillées. Ce revêtement à base de minéraux, appliqué par trempage, pulvérisation ou au pinceau, apporte couleur et texture lors de la cuisson à haute température.
L'élaboration des émaux exige une solide connaissance de la chimie. Pour certains céramistes, c'est un travail de toute une vie : la mise au point d'une seule formule peut prendre des mois et représenter des décennies de perfectionnement assidu. Si les émaux du commerce offrent une bonne stabilité, de nombreux artistes élaborent leurs propres formules afin d'explorer une palette infinie de couleurs et de textures.
VII. Deuxième cuisson pour la glaçure
Une fois la glaçure sèche, les pièces retournent au four pour une deuxième cuisson, qui atteint généralement entre 1 200 °C et 1 300 °C (2 192 °F à 2 372 °F) pour le grès et la porcelaine. Cette cuisson dure de 6 à 12 heures et est suivie d’une indispensable phase de refroidissement. Sous l’effet de la chaleur intense, les composants de la glaçure fondent et fusionnent, créant une surface lisse et vitrifiée. C’est également ici que le grès et la porcelaine se vitrifient complètement, devenant totalement étanches.
Le déchargement du four refroidi est la récompense ultime : on y découvre des pièces finies, belles et éclatantes.
VIII. Recyclage
La plupart des potiers réutilisent l’argile non cuite, qu’il s’agisse de copeaux issus du tournassage ou d’une pièce qu’ils ne souhaitent pas cuire. Ils peuvent réhydrater et réemployer indéfiniment cette argile, lui offrant une nouvelle vie dans de futures créations.
IX. Nettoyage
Bien que la céramique et l’argile humide soient totalement sécuritaires, la silice — un composant essentiel de l’argile et du verre — devient dangereuse lorsqu’elle sèche et se retrouve en suspension dans l’air. C’est pourquoi les céramistes consacrent beaucoup de temps au nettoyage afin de maintenir un environnement sain dans leur atelier.
Chaque pièce de céramique faite à la main est le fruit d’une longue expérience, d’une vision créative et d’un savoir-faire minutieux. C’est un témoignage du temps et de la maîtrise investis dans chaque détail.
