Pour comprendre ce qui distingue les différentes argiles, il faut d’abord remonter à leur origine géologique.
Origines de l’argile
L’argile se forme sur des millions d’années, lorsque les roches se désagrègent en particules microscopiques, mille fois plus petites qu’un grain de sable. L’agencement de ces particules confère à l’argile sa plasticité, c’est-à-dire sa capacité à être façonnée et à conserver une forme, et la fait durcir de manière irréversible en céramique lorsqu’elle est exposée à de hautes températures (800 °C et plus, ou 1472 °F).
Il existe une multitude d’argiles dans le monde, chacune avec ses propres qualités, allant de la résistance à la chaleur à la plasticité. On les classe en deux grandes catégories selon l’endroit où elles se sont formées par rapport à leur roche mère : les argiles résiduelles et les argiles sédimentaires.
Les argiles résiduelles se forment près de leur roche d’origine et sont les plus pures. Elles incluent le kaolin, issu de la décomposition du granite. Le kaolin est l’ingrédient essentiel de la porcelaine et lui confère sa blancheur caractéristique ainsi que sa translucidité lorsqu’elle est suffisamment fine et cuite à très haute température. Le kaolin pur est rare et se trouve notamment dans certaines régions montagneuses, dont le sud-est des États-Unis.
Les argiles sédimentaires, à l’inverse, sont largement répandues sur Terre. Elles proviennent de particules transportées sur de longues distances par le vent et l’eau. Au fil de leur voyage, elles se sont mélangées à d’autres minéraux, donnant naissance à de nombreuses argiles sédimentaires présentant une grande diversité de couleurs et de résistances à la chaleur. Le grès et les argiles communes (earthenwares en anglais), utilisées pour fabriquer la faïence et les terres cuites, en sont de bons exemples. Les argiles de type terra cotta sont également très connues.
Les argiles utilisées pour l’art de la table
Bien qu’il soit possible de produire de la poterie à partir d’argile sauvage, les céramistes l’utilisent rarement pour fabriquer une collection de vaisselle. Les fabricants d’argile et les potiers combinent du kaolin, du grès et de la faïence issus de l’extraction minière avec d’autres minéraux afin d’obtenir une couleur, une plasticité ou une température de cuisson spécifiques.
On distingue les argiles selon leur porosité, leur coloration et leur durabilité. Ces caractéristiques déterminent leurs usages.
La porcelaine
La porcelaine est appréciée pour sa blancheur, sa dureté, sa résistance aux rayures et sa translucidité, obtenues grâce à une cuisson à très haute température qui engendre la vitrification. C'est un phénomène qui survient lorsque la chaleur transforme l’argile en un matériau dense, vitreux et non poreux. La porcelaine se vitrifie entre 1 250 °C et 1 460 °C (2 282 °F à 2 660 °F). Catherine de Abreu crée ses pièces avec de la porcelaine adaptée aux fours électriques qui cuit à moyenne température.
Comme le kaolin possède une faible plasticité, les potiers le mélangent aux ball clays les plus purs — des argiles sédimentaires claires — pour obtenir une pâte plus maniable. Le bone china, fabriqué à partir de cendres d’os et de kaolin, est un type bien connu de porcelaine. Cependant, il est difficile à travailler sans machines industrielles, et les potiers l’évitent généralement lorsqu’ils tournent ou façonnent à la main.

Le grès
Le grès utilisé pour la vaisselle est un type plus rare d’argile sédimentaire. Généralement extrait en profondeur, notamment en Saskatchewan et en Alberta, il est idéal pour un usage quotidien. Il est prisé pour sa grande plasticité et sa vaste palette de couleurs. Il se vitrifie autour de 1 200 °C (2 192 °F), devenant étanche et très durable. En ajoutant différents minéraux, on peut ajuster sa température de cuisson et sa couleur. Léa et Nicolas, tout comme Yukari Hazama Iverson, travaillent un grès rouge dont la teinte provient de la forte présence d’oxyde de fer.
La faïence et les terres cuites
La faïence et les terres cuites sont ivoire, beige ou rouge brique. Comme elles cuisent à basse température, généralement entre 850 °C et 1 100 °C (1 562 °F à 2 012 °F), elles ne se vitrifient jamais. Leur porosité les rend idéales pour les pots de jardin et excellentes pour conserver et garder les aliments au frais. Marie Serreau crée sa collection à partir de faïence canadienne en hommage aux ressources locales. Elle l’enduit d’une glaçure, un revêtement vitrifié, afin de la rendre étanche pour un usage quotidien et d’en renforcer la solidité.
Chez Houmain, nous croyons que le choix de la terre n’est pas une question de supériorité, mais d’intention. Le matériau idéal dépend du résultat esthétique recherché et des besoins fonctionnels de la pièce finale.
Bibliographie et lectures complémentaires
- Belleau, Mimi. Technologie des matériaux céramiques. Ateliers d'art de France, 2024.
- Glenn C. Nelson. Universitty of Minnesota, Duluth. Ceramics A Potter's Handbook. Holt, Rinehart and Winston, Inc., 1971.
- Dumont, M. Argiles, Annuaire des minéraux du Canada, 2008 : Aperçu et perspectives. Version française de l'article en format zip ici. Ressources naturelles Canada, 2008.
